Dans mon métier de professionnel du comportement canin, j’ai en réalité 2 types de clients différents:
Le chien ET son humain.
Il s’agit de faire fonctionner une cohabitation et une communication entre deux espèces différentes.
La plupart du temps, on voit fleurir des conseils centrés sur le chien. Comment lui faire faire ceci, ou comment lui apprendre cela.
Mais où se situe l’humain dans tout cela? N’y a t-il pas un individu à chaque bout de la laisse? Ne faut-il pas être deux pour communiquer?
Pour réussir à améliorer le bien être de chacun, il faut prendre en considération les deux individus. Il s’agit de faire évoluer un binôme, avec chacun son fonctionnement, ses difficultés personnelles et pas un individu seulement.
Se concentrer sur le chien en oubliant les difficultés de l’humain est une erreur.
De même que se concentrer sur les attentes de l’humain sans prendre en considération les limites et besoins du chien.
En tant qu’être humain, nous avons aussi nos blocages et nos croyances qui nous empêchent d’avancer et de faire évoluer une situation problématique vers un mieux être.
Et parfois, le chien n’y est pas pour grand chose. C’est un travail que l’on doit faire sur soi.
Et si je te partage ça aujourd’hui, c’est que je crois que chacune de ces croyances m’a traversé l’esprit au moins une fois, sauf la 12, avec ma première chienne. Je n’avais pas les connaissances, ni le savoir faire d’aujourd’hui, et j’ai manqué autant de confiance en elle que de confiance en moi. C’est humain d’avoir ces pensées durant notre parcours, mais elles doivent nous servir de moteur et non de frein.
Voyons quelles sont nos limites et dis moi si tu coches le bingo 😉
1/ LES RÉSULTATS RAPIDES
C’est sûrement la raison n°1 des échecs lorsqu’on cherche à progresser avec son chien.
On veut que ça aille vite, que ce soit facile et rapide.
Sauf que… c’est un tout petit peu plus compliqué que ça.
Souvent parce que le problème traîne depuis un long moment. On a toléré, on a voulu essayé seul, on s’est parfois acharné et un jour, ça devient urgent. Tout doit se régler maintenant!
Sauf qu’on ne peut pas faire machine arrière aussi facilement si la situation à mis du temps à se dégrader. Il faudra parfois un peu de patience pour reprendre les choses en main. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un être vivant et qu’on ne pourra aller plus vite qu’il n’est capable d’apprendre. Ou que l’on est capable d’apprendre à le connaitre nous aussi. Il faudra donc accepter que cela puisse prendre plus de temps que nous l’aurions imaginé.
Cependant, en ayant une bonne connaissance de sa communication et une bonne lecture de son état émotionnel pour comprendre quelle situation est favorable ou non à sa progression, on gagne beaucoup, beaucoup de temps.
2/ RESTER BLOQUE DANS LE PASSE OU SE COMPARER
Une situation difficile à vivre pour certains est celui de vivre dans le passé. De se rappeler constamment à quel point le chien que nous avions avant était plus facile. Ou de se comparer au chien du voisin ou à celui que nous avons croisé 5minutes dans la rue.
Chaque chien est différent, avec un tempérament propre, une identité, une façon de fonctionner qui est la sienne. Qu’il soit de la même race, de la même lignée que le précédent ou d’où qu’il provienne.
L’environnement que nous avons donné aux précédents ou que le voisin donne à son chien peut ne pas correspondre à ses besoins à lui. Rester bloqué sur ce qui fonctionne avec les autres n’aidera pas à faire évoluer la situation avec lui. Il faut comprendre son chien pour ce qu’il est, avec ses forces, mais aussi ses faiblesses. Et identifier ce qui vous permettrez, à vous 2, de vous sentir mieux et de progresser.

3/ NE PAS SE FAIRE CONFIANCE
« Je ne vais pas y arriver, c’est trop compliqué pour moi, je ne m’en sens pas capable… »
Si je ne crois pas en moi et en mes ressources, forcément je serais en échec avant même d’avoir essayé.
Et bien, moi je crois en toi. Les humains ont des ressources cachés dont ils n’ont pas idées. Et j’en ai vu passer quelques uns qui arrivaient chez moi avec ce genre d’idée!
Ce n’est pas que tu ne vas pas y arriver, c’est que tu ne sais pas encore comment faire! C’est différent!
Une façon simple de dépasser ce blocage est de se faire accompagner par un professionnel. Il est là pour analyser la situation, t’apprendre à mieux lire ton chien et te donner les outils pour affronter ce qui te semble indépassable aujourd’hui. Quand on est bien outillé, les situations semblent bien moins problématiques.
4/ S’ATTARDER SUR SES ERREURS
Le fait de comprendre quelles ont été nos erreurs est un des meilleurs moyens pour avancer et ne pas les reproduire. Mais, cela ne doit pas nous faire rester bloqué dessus.
Personne ne peux changer le passé.
Et si on continue à ressasser en boucle sur ce qu’on a mal fait, ça nous aidera pas à faire mieux.
Alors prend un peu de temps pour accuser le coup si tu te sens coupable de quelque chose du passé et je commence à réfléchir à ce que tu peux changer pour que cela ne se produise plus. (ou moins)
5/ NE PAS VISUALISER LE POSSIBLE
En pensant que la situation n’a pas d’issue, alors de ce fait, elle n’en aura pas.
Le fait de penser que je n’y arriverai pas, mais surtout que lui n’en sera jamais capable ne donne pas la chance de faire émerger les réelles capacités de notre chien qui a bien plus de compétences et d’intelligence que nous ne voulons bien lui en laisser.
Le fait de coller des étiquettes et de placer quelqu’un dans la case « incapable » ou « réactif à vie » ne l’aidera jamais à devenir capable de quoi que ce soit. Même si en réalité, il en a les ressources.
En pensant qu’un chien est incapable ou irrécupérable, il le sera.
Et pourtant, mon expérience de professionnelle pourrait me donner une toute autre perception de la situation.
Je ne calcule plus le nombre de fois où on m’a contacté pour une situation évaluée impossible à résoudre 10/10 sur l’échelle des difficultés par les « propriétaires » alors que ma perception était de 3/10 seulement. Simplement parce que l’expérience n’est pas la même si c’est la 1ere fois qu’on y est confronté.

6/ JE REFUSE LE CHANGEMENT
Modifier ses habitudes, c’est souvent difficile, peut importe la raison pour laquelle on souhaite les changer. Notre cerveau est faignant, et il n’aime pas qu’on le remette en question. Pour ancrer une nouvelle habitude, il nous faut plusieurs semaines voir plusieurs mois si notre nouvelle manière de fonctionner est relativement différente de celle que nous avions jusqu’à présent.
Et c’est souvent là que l’abandon est le plus important.
On se dit que finalement le problème de départ n’était pas si grand et que ça ne nécessite pas de faire autant d’effort.
Finalement, ça va… on s’en accommodera!
Pourtant, les changements ne sont pas toujours de grandes révolutions. Quelques ajustements de lieux, de façon d’interagir ou de choix de congénères peuvent faire une grande différence. Tout dépend de la situation de départ.
Plus les changements seront petits et faciles à mettre en place et plus les chances de succès seront grands. Step by step!
7/ RENONCER A SON POUVOIR DE DÉCISION
Quand on est désemparé face à un problème, le plus souvent, on cherche de l’aide.
Mais prendre au pied de la lettre chaque conseil venant de chaque personne avec qui on en a discuté ou sur internet et tout essayer en même temps, nous aidera rarement à avancer.
C’est même contreproductif de vouloir empiler les petites astuces sans structurer les besoins qui animent le problème de fond.
Le fait de chercher conseil, y compris auprès de professionnels, ne doit pas non plus nous faire oublier notre libre arbitre et de faire des choix en notre âme et conscience.
Ne laisse personne décider pour toi de ce que tu estimes bien pour ton chien. Prend le recul nécessaire pour savoir si ça te convient. Tu peux écouter les conseils, être assidu.e dans ton apprentissage mais si quelque chose te gêne, tu as le droit de dire Non.
8/ JE CROIS QU’IL M’EST REDEVABLE
« Je l’ai accueilli, je le nourris, je le sors, je m’en occupe, j’y mets du temps, de l’argent… et il se comporte comme ça! Quel ingrat! Il pourrait au moins faire ce que je veux pour me montrer qu’il est reconnaissant. »
Autant dire tout de suite qu’il n’est absolument pas conscient de ça et qu’au départ, lui, il n’a rien demandé. Il n’a pas choisi de se retrouver là et personne ne doit rien à personne.
La gratitude ne se force pas. Il ne fait sûrement pas ce qu’il fait pour embêter qui que ce soit mais parce que quelque chose ne va pas.
Le simple fait de penser qu’il devrait se comporter d’une certaine manière pour te faire plaisir, parce que c’est comme ça et pas autrement, n’aidera pas à établir une communication basée sur la confiance et la coopération.
En comprenant plutôt réellement ce qui créer ce comportement et pourquoi, on se donne davantage de chance de pouvoir le modifier et de résoudre ce qu’on considère comme un problème au quotidien.

9/ LE MANQUE DE CONFIANCE EN LUI
On en revient un petit peu à ce qui était dit plus haut, si on ne lui fais pas confiance et on pense qu’il n’y arrivera pas, on risque d’anticiper des réactions qu’il n’a pas encore eu en étant persuadé qu’il allait les avoir…. Alors qu’en réalité, peut être pas!
On est bien d’accord que si j’ai un chien qui peut mal réagir en étant dangereux pour lui ou pour les autres, ça ne signifie pas que je le laisse faire n’importe quoi n’importe comment! Mais plus j’anticipe mal une situation (sans le vouloir et souvent sans en être conscient), plus je risque d’aggraver la réaction.
Si tu as déjà vu ton chien être agressif avec un autre chien par exemple, cette image va te marquer et marquer ta perception que tu as de lui. Tu peux donc imaginer à chaque rencontre qu’il va mal réagir. C’est parfaitement normal.
Pourtant, ce n’est pas toujours le cas. Mon expérience me montre que mis dans un bon contexte, certains chiens vont faire « mentir » leurs humains qui étaient persuadés de connaitre ses réactions sur le bouts des doigts.
Attention, à ne pas mélanger perception projetée et réalité.
10/ PERSONNE NE PEUT M’AIDER / J’AI TOUT ESSAYE
« Si je n’y suis pas arrivé, alors personne n’y arrivera ».
Dans chaque domaine de notre vie, nous pouvons toujours trouver quelqu’un qui, même s’il ne sait pas faire « mieux », aura au moins le mérite d’avoir un regard différent sur la question. Nous ne savons jamais tout sur tout, même lorsque nous étudions un sujet à fond.
Avoir cette pensée revient à ne pas voir le possible hors de notre propre prisme de réflexion et à ne pas accepter l’idée que quelqu’un d’autre pourrait voir une piste d’évolution, là où on a l’impression d’avoir échoué.
Quand on a tout essayé, on a seulement essayé ce que l’on connait, et pas toujours de la bonne façon.
12/ JE N’AI PAS LE TEMPS
Alors là, malheureusement, il n’y a pas grand chose à dire…
Pas de bras, pas de chocolat…
Pas de temps à lui accorder, pas de besoins fondamentaux respectés, pas de résolution de problème!
Il va falloir en trouver, ou trouver quelqu’un pour s’en occuper.
Voilà quelques raisons qui ne permettent pas de réussir à aider efficacement son chien.
Mais comme pour toutes pensées, il suffit parfois de prendre conscience de ce qui nous bloque pour réussir à avancer.
Je te souhaite donc de mettre le doigt sur tes pensées limitantes pour réussir à les dépasser.
N’hésites pas à laisser un commentaire pour me dire ce qui te bloque, si justement tu as réussi à reprendre la main et à aller vers un mieux être en compagnie de ton chien ou bien si tu voies d’autres croyances dont je n’ai pas parlé!

Vanessa Fontaine
Educateur canin / Comportementaliste, spécialisée chiens sensibles/réactifs/anxieux.

Bonjour 🤗..
La croyance dont je me rends compte le plus souvent, c’est le fait que les maîtres ne veulent pas changer leurs habitudes.
Cela demande de dégager du temps pour le chien , d’organiser son emploi du temps, de changer ses habitudes, d’être régulier, quelquefois sans savoir si cela donnera les résultats escomptés. Bref ça demande des sacrifices.
On met des barricades autour des défauts, afin de pouvoir s’en accommoder. Même si cela impacte la vie du chien et accessoirement la nôtre.
Malheureusement c’est souvent un « pansement sur une jambe de bois ».. Quand pour une raison X ou Y le pansement tombe, le défaut est toujours là.
Rien ne remplace le fait d’aller à la source du problème pour le régler définitivement. Même si cela demande de l’engagement, de la motivation.
Mais en fait, on s’aperçoit que bien souvent, tout se rejoint.. Manque de temps, le manque de confiance en soi, ne pas voir l’entièreté du problème…etc
Quelquefois c’est après un déménagement ou un changement de vie, que tout ce qu’on avait mis en place pour camoufler le défaut s’écroule.. On se retrouve démuni.
Oui, l’éducation( ou la rééducation) prend du temps, mais vivre avec un chien épanoui, n’est-ce pas la meilleure des récompenses ?
Je suis bien d’accord Camélia,
Il y a souvent plusieurs blocages qui se cumulent.
Le manque de motivation vient souvent justement du fait qu’on ai tenté trop longtemps du camouflage plutôt que de prendre le problème à la racine tout de suite.
Bonjour
2 comportementalistes vus et les 2 m’ont dit que notre chien ne savait pas gérer ses émotions.( 3 fois agressé mais sans gravité) Il peut être cool si le chien en face est aussi cool et accepte de l’approcher gentiment. Mais très réactif envers les chiens où la rencontre a été houleuse . Il monte très vite en émotions et quand il redescend il chouine souvent. J avoue que pour ma part , ses réactions me font peur et les sorties sont angoissantes et limitées lorsque je suis seule en balade avec lui ( d’ailleurs avant la sortie était quotidienne de 1h 30 ). Ce n’est pas la complicité espérée dont je rêvais malheureusement. Pas facile à vivre…
Effectivement, c’est parfois difficile d’accepter de faire comme le deuil du chien dont on rêvait.
Ce que j’ai toujours proposé à mes élèves, c’est de trouver une nouvelle forme de complicité à travers d’autres moments ou d’autres activités. ça ne compense pas complètement, mais c’est un moyen de toucher ce besoin par un moyen un peu plus détourné.