Chaque chien est confronté à une multitude de situations qui peuvent générer de l’inconfort, voire de la peur. Ces situations, qu’il s’agisse d’autres animaux, de bruits forts, de personnes inconnues ou d’endroits nouveaux, constituent des sources d’anxiété. Ces sources ne sont pas toutes vécues de la même manière. Certaines provoquent une légère inquiétude tandis que d’autres déclenchent une peur intense.
Cette échelle d’inconfort et d’anxiété forme ce que l’on appelle la hiérarchie des peurs. Comprendre cette hiérarchie est essentiel pour aider un chien réactif à surmonter ses appréhensions. Elle permet de cibler les situations les moins anxiogènes en premier lieu, facilitant ainsi un apprentissage progressif et efficace.
Prenons l’exemple de Maya, petite border collie très joyeuse et énergique. Les trajets en voiture étaient inconfortables pour elle : elle tremblait, chouinait et avait du mal à se poser en voiture. Lorsqu’elle descendait pour des balades tranquilles en forêt, où les rencontres canines sont rares, Maya restait agité par moment, en alerte, fixant bruit et mouvement. Cette hypervigilance augmentait encore d’un cran en se transformant en peur intense dès qu’elle apercevait un autre chien à distance. Et lorsqu’il se rapprochait, elle chargeait dans sa direction dans le but de le faire fuir. La pauvre, ça faisait mal au cœur de la voir comme ça!
Pourquoi établir une hiérarchie ?
Établir une hiérarchie des peurs est la clé d’une désensibilisation progressive réussie. En identifiant les situations qui provoquent le plus d’anxiété chez le chien et en les classant par ordre d’intensité et chronologique, on peut mettre en place un plan d’entrainement sur mesure. Cette personnalisation est essentielle. Elle permet de progresser à un rythme adapté au chien, en commençant par les situations qui génèrent le moins de stress.
Ainsi, on réduit considérablement le risque de surcharger l’animal et de renforcer son anxiété. En progressant graduellement, le chien gagne en confiance à chaque petite victoire. Cela facilite l’acceptation et réduit les réactions dans les situations plus difficiles par la suite en réduisant une partie du stress. En somme, la hiérarchie des peurs nous permet de créer un parcours d’apprentissage individualisé. Chaque étape est une brique supplémentaire dans la construction d’un chien plus serein et équilibré.

Comment établir une hiérarchie ?
Il est essentiel de prendre en compte non seulement l’intensité de la peur mais aussi l’ordre dans lequel les peurs se déclenchent et leur impact cumulé. Établir une hiérarchie des peurs, c’est un peu comme résoudre une équation à plusieurs inconnues.
Il faut non seulement identifier les éléments qui provoquent l’anxiété mais aussi comprendre comment ces éléments interagissent entre eux. Par exemple, un chien qui a peur du passage chez le vétérinaire peut développer une anxiété anticipatoire dès qu’il monte en voiture, car il associe un déplacement en voiture au passage à la clinique si c’est le seul moment où il la prend. Dans ce cas, la peur de la voiture est moins intense que celle du vétérinaire mais elle est tout aussi importante à traiter, car elle peut aggraver l’anxiété globale de l’animal.
Pour établir une hiérarchie efficace, il faut:
- Observer attentivement son chien: Identifier tous les stimuli qui provoquent une réaction de stress ou de signes d’inconfort.
- Évaluer l’intensité de chaque réaction: Utiliser une échelle pour quantifier le niveau d’anxiété en sachant identifier les signaux qui permettre de comprendre son état émotionnel
- Analyser les liens entre les différentes peurs: Identifier les peurs qui semblent augmenter les réactions dans d’autres circonstances.
- Tenir compte du contexte: Considérer l’environnement, les personnes présentes et les événements récents qui pourraient influencer l’état émotionnel du chien.
En prenant en compte tous ces facteurs, il est possible d’établir une hiérarchie personnalisée qui permettra de mettre en place un plan de progression efficace.
Reprenons l’exemple de Maya:

- La voiture était la première situation de stress pour Maya. Ce stress est parfois plus intense que certains moments durant sa balade, mais en réduisant son anxiété liée à la voiture, nous avons amélioré son agitation en descendant de voiture pour faire sa promenade.
- La forêt était un environnement dans lequel Maya n’était pas particulièrement à l’aise alors qu’il y a peu de stimulations en comparaison à d’autres contextes. C’était encore pire quand le niveau de stimulations était plus important, dans un parc ou en ville. Il était donc important de travailler sur cette peur avant de l’exposer à des situations sociales plus stimulantes comme la rencontre avec d’autres chiens.
- Bien que ce soit la peur la plus intense, et donc la plus impressionnante, sa peur des chiens à été abordée en dernier, une fois que Maya s’est senti plus à l’aise dans les autres environnements. Si elle se sent déjà mal à l’aise à l’extérieur, elle aurait eu du mal à être à l’aise en présence de congénères inconnus.
Dans ce contexte, on s’est donc en premier lieu attardé sur le confort en voiture pour diminuer son agitation et son hypervigilance en promenade, qui ne lui permettait pas de faire des rencontres dans de bonnes dispositions.
Et pourtant, ça parait contre nature pour beaucoup de personnes qui vont vouloir s’attarder en premier lieu sur le fait qu’elle ne supporte pas l’approche d’un congénère.
Pourquoi ce choix de hiérarchie?
- Pour l’Effet boule de neige: En réduisant l’anxiété liée à la voiture, nous créons un environnement plus calme pour Maya, ce qui peut l’aider à mieux gérer ses autres peurs.
- Généralisation et progression: En travaillant sur la forêt, nous lui permettons de se sentir plus à l’aise dans un environnement réputé calme, ce qui va l’aider à devenir plus résiliente face à des environnements plus stimulants.
- Base solide: En travaillant sur les fondamentaux (voiture et forêt), nous construisons une base solide avant d’aborder des situations sociales plus complexes comme la rencontre avec d’autres chiens.
Comment mettre en place un contexte d’exposition progressif?
Voiture
Maya s’est senti plus en sécurité en aménageant différemment la voiture pour les trajets. Par exemple, par une caisse de transport, un panier plus adapté, un tapis anti dérapant, une ceinture d’attache, etc… Pour elle, un panier à rebord haut pour bien se caler en boule dans le coffre a suffit à se sentir bien plus sécurisé pendant les trajets. ça n’a pas pris tant de temps que ça, mais c’était une étape à ne pas négliger.
On peut aussi commencer par de très courtes sorties en voiture.. Augmenter progressivement la durée des trajets et varier les itinéraires. On peut également faire le choix de compléments (phyto, gemmo, fleurs de bach, phéromones, autres…) pour l’aider à se sentir mieux. Ou encore utiliser un t-shirt apaisant. Il y a plusieurs solutions en fonction de l’intensité de sa peur, et de ce qui pause problème sur le trajet. Le choix d’un t-shirt apaisant à été également validé par Maya.
En forêt
Une fois que Maya s’est senti plus à l’aise en voiture, on l’a amené uniquement faire des promenades en forêt dans des endroits calmes et sécurisés. Des sorties pas trop longues dans un premier temps. Puis on a allongé le temps de balade petit à petit. On peut utiliser cet environnement pour faire des activités fun et rigolotes pour faire changer sa perception et diminuer son hypervigilance pour mieux profiter de ses sorties. Avec Maya, le grand jeu, c’était la pêche aux cailloux dans le gave! Mais sans en faire une obsession!
On a pris le temps pour la laisser observer et prendre conscience de ce qui l’entoure.
Chiens
Une fois que Maya était à l’aise en voiture et en forêt, on a commencé les exercices de désensibilisation avec des chiens, toujours à distance, en utilisant le principe des 6 fondamentaux pour l’aider à aller progressivement vers la proximité des autres chiens. On a recréé une hiérarchie des peurs à l’intérieur de cette peur pour définir les étapes à suivre.
Comment établir une hiérarchie à l’intérieur d’une seule peur ?
Dans l’exemple de Maya, on peut voir différentes situations qui rentrent en conflit les unes avec les autres, mais le même exercice est possible avec une seule peur. Si un chien à peur des chiens inconnus, je vais reprendre les différents stades d’anxiété et je vais ajuster mon accompagnement pour construire de nouvelles étapes.

En résumé, en adaptant l’ordre dans lequel nous abordons les peurs, nous augmentons nos chances de succès. En commençant par les fondamentaux, on créer un environnement plus sur et plus prévisible, ce qui lui permettra de gagner en confiance.
Conclusion
Chaque chien est unique et ses peurs le sont tout autant. Comprendre et hiérarchiser ces peurs est essentiel pour l’aider à surmonter ses angoisses. En commençant par les situations les moins stressantes, on construit progressivement la confiance du chien. Ce processus permet d’éviter de surcharger l’animal et d’obtenir des résultats durables. Le rôle du propriétaire est crucial : il doit accompagner son partenaire à 4pattes en créant un environnement sécurisant et en le soutenant dans ses progrès.
Mais bien que la hiérarchie des peurs soit un outil précieux , il est important de garder à l’esprit qu’elle peut s’avérer insuffisante seule face à des peurs très intenses ou complexes, souvent liées à des traumatismes ou à des problèmes médicaux sous-jacents. La vitesse de progression et les résultats peuvent varier considérablement notamment en fonction des contraintes de l’environnement, qui ne permettent pas de contrôler les aléas du quotidien et à l’intensité des réactions qui ne permettent pas de visualiser un schéma aussi clair de progression.
Toutefois, la hiérarchie des peurs est un outil indispensable pour aider les chiens anxieux à retrouver leur sérénité. Avec de la patience, de la bienveillance et l’aide d’un professionnel, chaque chien peut apprendre plus sereinement dans son environnement.
N’hésites pas à te faire accompagner dans cette démarche pour identifier plus vite et plus facilement les différentes peurs et s’assurer d’un bon protocole de progression.
Et pour aller plus loin, apprend à connaitre et à te servir de sa zone de confort pour comprendre comment te situer pour l’aider à progresser.
En résumé

Vanessa Fontaine
Educateur canin / Comportementaliste, spécialisée chiens sensibles/réactifs/anxieux.
