Aujourd’hui, je vous propose une interview du Dr Massal, vétérinaire comportementaliste à Pau (64) dans les Pyrénées pour nous parler du rôle qu’ils peuvent jouer dans la résolution de problèmes de comportement et de troubles anxieux chez nos chiens de compagnie.
Interview du Dr Massal, vétérinaire psychiatre à Pau.
Votre parcours
Avant de parler du rôle que vous pouvez jouer dans la prise en charge des chiens, pourriez-vous vous présenter et nous dire où vous exercez?
Nicolas Massal, vétérinaire exerçant dans une clinique à Pau 64. Je suis vétérinaire depuis 41 ans, et vétérinaire comportementaliste depuis 25 ans
Quelle définition peut-on faire du vétérinaire comportementaliste ?
Le vétérinaire comportementaliste, ou plutôt maintenant le vétérinaire psychiatre, prend en charge les maladies psychiques des animaux, cela va des troubles émotionnels passagers aux maladies psychiatriques les plus graves ; l’objectif est de rétablir ou de favoriser les conditions du bien-être psychique et émotionnel
Quelle différence faites-vous entre un vétérinaire généraliste et un vétérinaire qui se spécialise en comportement ?
La différence est celle de la spécialisation dans un champ particulier de la médecine, c’est-à-dire une connaissance approfondie du domaine du comportement
Y a t-il des formations ou certifications qui vous permettent de vous spécialiser?
Actuellement le diplôme qui permet de se spécialiser est celui de vétérinaire psychiatre, c’est un diplôme universitaire géré par l’université Claude Bernard Lyon 1, Zoopsy (association de psychiatrie vétérinaire) et VetAgroSup, l’école vétérinaire de Lyon. Ce sont donc 2 années d’étude supplémentaire pour les docteurs vétérinaires

Le chien de compagnie à travers la science
Le comportement du chien de compagnie est de plus en plus étudié et nous commençons à avoir de plus en plus de données sur son fonctionnement au sein de la famille, les répercussions des choix de sélections, ses réactions, etc… Quelle part de ses recherches prend place dans votre travail quotidien?
La part de recherche est présente surtout dans les échanges entre vétérinaires psychiatres. Personnellement elle se concrétise par la rédaction de livres et d’articles, les conférences dans les congrès, les actions de formations pour les vétérinaires, les asv et les personnes impliquées dans le comportement animal
Voyez-vous des impacts concrets de ces recherches sur la vie de ces chiens et des humains qui les accompagnent?
Les impacts concrets sont réels mais les changements sont lents. Certaines publications permettent des changements dans les représentations de l’animal, lui accordant une vie psychique et émotionnelle bien plus importante, et donc une place différente dans nos sociétés et dans nos foyers
On retrouve plusieurs courants de pensées chez les vétérinaires liés aux interprétations de cette science, à la sensibilité de chacun et à sa mise en pratique (qui amènent à des pratiques divergentes), comme chez les éducateurs canins, quel regard portez-vous sur ces différences ?
Il n’y a pas de différences si importantes, à la fin les points communs et les convergences sont bien plus nombreux que les différences. Il s’agit davantage de choix dans les moyens pour améliorer les souffrances que de difficultés à concevoir ces souffrances. Il existe aussi des aspects culturels, philosophiques, sur les places des humains et des animaux dans nos sociétés. En tout cas je ne perçois pas de différences qui méritent d’être retenues hors des cercles de discussion entre initiés…

Prise en charge
Pour entrer dans le sujet des prises en charge, pour quels types de problématiques fait-on appel à vous en temps normal?
Nous intervenons chaque fois que la santé psychique est perturbée, avec des expressions de maladies altérant les conditions de vie et perturbant le bien-être de l’animal et de ceux qui l’entourent. Nous intervenons aussi en prévention des ces maladies
Comment abordez-vous l’analyse de ces problématiques pour identifier les causes profondes et aller au-delà de la demande initiale du propriétaire qui souhaite souvent voir les problématiques disparaître sans toujours en comprendre la raison ?
Nous avons une démarche médicale : elle consiste à recherche l’ensemble des symptômes, des processus qui ont conduit à leur existence, et des actions à mettre en œuvre pour les solutionner. Nous avons à mettre en relation ces symptômes et les problématiques des propriétaires, ce qui les implique dans la résolution des problèmes
Quelle place faites-vous à l’impact de l’environnement direct du chien (son milieu de vie) et à ses besoins fondamentaux dans le diagnostic?
Ces éléments sont impliqués dans les processus d’apparition des maladies, et dans les processus de résolution, ce sont des éléments du système au même titre que les processus internes sur lesquels ils ont une action importante
Est-ce le niveau d’anxiété ou de réactions du chien qui détermine si la prise en charge chez un vétérinaire comportementaliste est nécessaire? Où peut-on situer le curseur de cette nécessité?
L’intervention du vétérinaire est justifiée dès qu’il y a souffrance psychique de l’animal ou pour prévenir cette souffrance. Nous considérons l’état comme pathologique lorsque cette souffrance ne correspond pas à un stade d’adaptation au contexte et ne disparaît pas spontanément.
Collaborez-vous avec d’autres professionnels du domaine pour optimiser cette prise en charge? Quelle importance leur donnez-vous dans le processus de la thérapie mise en place?
Je collabore avec tous ceux qui approchent le chien, les autres vétérinaires, les éleveurs, les éducateurs. C’est une partie très importante des thérapies, c’est parfois une intervention suffisante en soi.
Comme dans tout métier, quelles sont les limites de vos interventions en tant que vétérinaire comportementaliste?
Il y a de nombreuses limites. Celles de mes connaissances et de mes compétences d’abord, de ma capacité à entrer dans le système familial et à influer sur le cours des interactions avec l’animal. Il y a la limite de l’animal, certaines maladies semblent en l’état actuel de nos connaissances irréversibles. Il y a la limite du milieu de vie de l’animal, de la volonté ou de la capacité à opérer les changements nécessaires à l’amélioration des choses.

La mise sous traitement
Posons la question qui fâche et qui est si clivante dans la prise en charge de chien ayant des “troubles” du comportement: la médication. Qu’est-ce qui détermine, selon vous, un cas de mise sous traitement, d’un cas qui ne le nécessite pas?
Je ne considère pas cette question comme clivante, ou « qui fâche » ! Nous disposons d’outils thérapeutiques dont nous déterminons l’utilité, la durée et les objectifs précis et concrets. Ces outils sont proposés aux propriétaires qui sont libres de les utiliser ou pas. Quant à leur utilisation hors d’une indication raisonnée, je ne la connais pas et ne peux répondre à la question.
La facilité consiste à penser que le traitement seul suffit. Pourtant, nous savons aujourd’hui que point de changement sans modification dans son milieu de vie. Quel doit être le rôle de ce traitement dans la prise en charge globale?
Sortons de la simplification, le médicament fait partie des outils et techniques, il n’est ni suffisant ni toujours nécessaire. Si l’on sort des généralités, certains animaux ne peuvent pas s’intégrer dans leur milieu de vie sans traitement, ceux-là ne sont pas accessibles aux mesures sur le milieu de vie sans ce traitement.
Parfois le médicament permet le démarrage de la thérapie, parfois il accélère les changements, parfois il permet d’améliorer les émotions ou l’humeur de l’animal, ou le rend capable de simples apprentissages de base. Le traitement comporte toujours des éléments d’action sur le milieu de vie ou les interactions, pas toujours un médicament. Je ne suis pas en mesure de généraliser une attribution à chaque partie du traitement dans la thérapie globale.
Comment peut-on évaluer objectivement l’efficacité ou l’inefficacité d’un traitement?
Les objectifs du traitement sont fixés par les propriétaires, après diagnostic et pronostic fait par le praticien. C’est le propriétaire qui détermine son efficacité.
Quelles sont les raisons qui amènent à son inefficacité?
Ah, en voilà une question intéressante ! il y a tellement de facteurs que ce n’est pas facile de répondre, je renvoie à la réponses sur les limites de mon activité, les éléments d’échec potentiel y sont abordés
Pour vous, la médication est-elle un passage obligé, même temporaire, pour des chiens anxieux ayant des réactions vives à certains stimulus ou peut-on plutôt parler d’intérêt particulier pour des cas d’anxiétés chroniques?
Les médicaments ont des indications qui ne tiennent pas à ces éléments généraux de diagnostic. Chaque cas présente un tableau clinique dont les éléments constitutifs conduisent au choix et à la préconisation d’un traitement, avec des objectifs définis et temporisés. Mes consultations comportent quasiment toujours un moment de présentation des options thérapeutiques et des attentes associées, puis de choix concertés avec les propriétaires sur les orientations prises à ce moment, parfois aux orientations possibles selon l’évolution après les premières actions thérapeutiques.

Conclusion
Pour finir, quel conseil pourriez-vous donner à quelqu’un qui a des difficultés avec son chien, mais qui ne sait pas quel professionnel peut l’aider à résoudre son problème?
Je conseille de s’adresser à un professionnel de confiance, chacun sait ses limites et connaît les indications des autres intervenants, il peut donc établir son propre bilan et orienter alors les propriétaires au mieux
Et une petite question personnelle pour la fin: Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier? Quelle est votre motivation pour continuer chaque jour?
Chaque patient constitue un défi aux dimensions nombreuses : définir le processus qui a conduit au problème, imaginer les actions qui pourront changer ce processus, construire avec les propriétaires ce plan d’action. Ce challenge toujours renouvelé est passionnant, et motivant. Chaque cas est une nouvelle histoire à écrire, dans laquelle tous les acteurs ont un rôle à jouer, comme une nouvelle aventure dont nous avons une partie du scénario à écrire… Et comme les histoires nous aimons que cela se termine bien !
Si vous aviez quelque chose à ajouter… un mot de la fin?
Apprendre à découvrir les autres, humains et animaux, est un plaisir sans fin. Il me semble que cela me fait aussi grandir en tant que personne, quand je parviens à dépasser mes limites
